Tiers inclus

Tiers inclus et non-dualité

Le tiers inclus pourrait-il tenir lieu d’équivalent en langue européenne du terme sanskrit adwaïta-vada ?

De ce qui précède, il résulte encore que la métaphysique est sans aucun rapport avec toutes les conceptions telles que l’idéalisme, le panthéisme, le spiritualisme, le matérialisme, qui portent précisément le caractère systématique de la pensée philosophique occidentale.

C’est ici que doit intervenir une autre solution ; mais tandis que nous n’avions affaire, avec le dualisme et le monisme, qu’à deux types de conceptions systématiques et d’ordre simplement philosophique, il va s’agir maintenant d’une doctrine se plaçant au contraire au point de vue métaphysique, et qui, par suite, n’a reçue aucune dénomination dans la philosophie occidentale qui ne peut que l’ignorer. Nous désignerons cette doctrine comme le « non-dualisme », ou mieux encore comme la « doctrine de la non-dualité », si l’on veut traduire aussi exactement que possible le terme sanskrit adwaita-vâda, qui n’a d’équivalent usuel dans aucune langue européenne ; (…). Si l’on peut d’ailleurs envisager simultanément toute cette indéfinité des distinctions qui sont ainsi possibles, et qui sont toutes également vraies et légitimes à leurs points de vue respectifs, c’est que l’on ne se trouve plus enfermé dans une systématisation bornée à l’une de ces distinctions à l’exclusion de toutes les autres ; et ainsi le « non-dualisme » est le seul type de doctrine qui réponde à l’universalité de la métaphysique.”

René Guénon, Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, Part. II, Chap. VIII : Pensée métaphysique et pensée philosophique.

Le secret de la fleur d’or

À des fins pratiques, l’enseignement de la fleur d’or établit une distinction entre « l’esprit originel » et « l’esprit conscient ». L’esprit originel représente l’essence même de l’esprit, sans forme particulière, inconditionnée, transcendant la culture et l’histoire. L’esprit conscient correspond à l’ensemble des données mentales, des sentiments, pensées et attitudes conditionnés par l’histoire personnelle et culturelle de chacun, et emprisonnés dans des formes spécifiques imposées par l’habitude. Ces termes s’emploient aussi bien dans la tradition chan que taoïste.

L’intuition appartient à l’esprit originel, l’intellect à l’esprit conscient. L’essence du taoïsme consiste à raffiner l’esprit conscient pour le « réunir » à l’esprit originel. Le bouddhisme chan appelle aussi l’esprit originel primordial « l’hôte » ou « le maître », l’esprit conscient conditionné étant « l’invité » ou « le serviteur ». L’ignorance causée par soi-même apparaît quand le serviteur prend la place du maître, l’éveil par soi-même se produisant lorsque le maître retrouve son autonomie, au « centre ».

– Thomas Cleary